La place du corps dans les connaissances sociologiques

Wednesday May 18 3:00 pm to 4:30 pm (Eastern Daylight Time)
Virtual Platform

Session Code: KNW5
Session Format: Regular Session
Session Language: French, English
Research Cluster Affiliation: Sociology of Knowledge
Session Categories: Regular Session

Comment les corps sont-ils perçus, évalués, signifiés? Par quels discours sont-ils traversés? Comment, par leur présence et leur subjectivité incarnées, les acteurs sociaux s’opposent-ils aux représentations dominantes à leur sujet? Comment positionner les corps au centre même de l’analyse sociologique pour arriver à voir autrement? Ce sont ces questions qui seront explorées tout au long de la séance à partir de l’expérience de différents sujet dissidents, violentés ou minoritaires : les personnes grosses, les femmes en politique et les victimes d'agression sexuelle. Tags: Corps, Disabilities, Feminism, Féministes, Handicapées, Sexualité, Sexuality

Organizers: Nicolas Petel-Rochette, Université du Québec à Montréal, Geneviève Proulx-Masson, Université du Québec à Montréal

Presentations

Anouck Alary, Université de Montréal

Mobiliser la sociologie des émotions dans l'analyse d'une médicalisation controversée: le domaine de la chirurgie bariatrique

L’« obésité » constitue une condition de santé contestée. Si elle est définie comme une maladie à traiter par le domaine médical, elle reste largement appréhendée dans l’espace public comme une « maladie de la volonté » (Valverde, 1998), soit une affliction handicapante que l’individu s’auto-infligerait. Dans ce contexte, des mouvements sociaux se sont aussi constitués pour dénoncer autant la médicalisation que la moralisation culturelle de la surcharge pondérale, et leurs répercussions plus accrues sur les femmes. En parallèle à ces « coalitions » de discours sur le poids, la chirurgie bariatrique connait depuis 30 ans une forte expansion. Si cet élan de médicalisation semble venir renforcer la représentation de la surcharge pondérale comme maladie à soigner, cette interprétation doit toutefois être nuancée. En m’appuyant sur les résultats dune quarantaine dentretiens réalisés avec des patient.e.s et des chirurgiens bariatriques québécois, j’analyserai  la « clinique de l’obésité » comme un espace où se négocient, sans pour autant s’exclurent, différentes définitions du corps, de la santé et du handicap. Tandis que les chirurgiens visent d’abord à responsabiliser les patient.e.s afin qu’ils adoptent de "saines" habitudes de vie, les candidat.e.s à la chirurgie aspirent principalement à une transformation corporelle synonyme de déstigmatisation. En puisant dans la sociologie des émotions, il s’agira d’explorer le rôle des dynamiques de genre dans cet espace, en analysant les attentes des candidat.e.s (dont plus de 80% sont des femmes) vis-à-vis de la chirurgie, et le positionnement ambivalent des chirurgiens (en majorité des hommes) face à ces attentes, à cheval entre un « registre compassionnel » venant à légitimer l’intervention bariatrique comme une pratique de soin, et un « registre disqualificatoire » leur permettant de se déresponsabiliser face aux échecs potentiels de la chirurgie (en termes de complications ou de reprises de poids) en blâmant l’affectivité des patient.e.s.

Flávia Luciana Magalhães Novais, Universidade Federal do Rio Grande do Sul; Paula Sandrine Machado, Universidade Federal do Rio Grande do Sul; Rafaela Vasconcelos Freitas, Universidade Federal do Rio Grande do Sul

Extinction Policies: fat bodies and defense of life.

This analysis is part of a doctoral research still in progress, which aims, in general, to analyze the ways in which health care is performed in fat bodies. It is based on a critical perspective to the application of procedures, programs, diets, among others, with the objective of weight loss as the only and imperative possibility of guaranteeing well-being, understanding that the opposition between healthy bodies versus fat bodies opens space and creates possibilities for violence, neglect and humiliation to be directed to people considered overweight. In conjunction with the concept of necropolitics, proposed by Achille Mbembe (2018), we propose to discuss, in this paper, what we are calling "Extinction Policies". They refer to the so-called health care available to fat people function as biopolitical norms that are passive to take necropolitical forms. From the analysis of reports published in the Brazilian media, we argue that these Extinction Policies function as strategies to the constitution of a nation considered "useful", based on guidelines that value the transformation of bodies considered as those "that do not serve", or "that can cause economic damage". Such policies are designed so that fat bodies are "corrected" and, at an extreme, exterminated from the community, in favor of maintaining a society that predefines the body measures that deserve to enjoy full health care and life itself. Finally, we focus on defending body diversity and the need to think about a care that respects the particularities and powers of each body, while ensuring that people, in their differences, have access and can produce health for themselves.

Geneviève Proulx-Masson, Université du Québec à Montréal; Émilie Bertelle, Université du Québec à Montréal

L'expérience des victimes d'agression sexuelle et le régime judiciaire : une problématisation sociologique depuis le prisme du corps

La violence sexuelle est une violence faite au corps, le plus souvent celui des femmes. Un de ses effets les plus fréquents est le silence dû à l’obligation de se taire ou à la honte. Or, pour se libérer du poids associé à la violence subie et pour entamer des procédures judiciaires, les victimes doivent prendre la parole, c’est-à-dire rendre en mots l’expérience incarnée de leur agression. Face aux échecs réitérés des systèmes judiciaires à entendre les victimes et à rendre effectivement justice, nous proposons une problématisation de ces échecs par une approche sociologique du corps. Partir de l’expérience socialement construite et culturellement située de la corporéité permet d’appréhender les effets des significations et du positionnement de divers corps dans les structures sociales. Le matériel sur lequel s’appuie notre analyse provient de deux productions documentaires québécoises abordant les procédures judiciaires pour agression sexuelle : La parfaite victime (Néron et Perreault, 2021) et T’as juste à porter plainte (Clermont-Dion, 2021). Dans un premier temps, nous situons la problématique au niveau de l’inadéquation entre ce que les victimes d’agression sexuelle veulent dire de leur expérience et ce que le système judiciaire leur permet effectivement de dire. Cette inadéquation résultant du déni de toute corporéité par le système judiciaire, nous tentons ensuite de restituer les corps des victimes et des acteurices de ce système à l’intérieur des relations de pouvoir qui les constituent. Ce faisant, nous identifions un continuum structurel de la violence hétéro-patriarcale qui relie l’incarnation des corps masculins des avocats de la défense à l’agression sexuelle subie par les victimes. Enfin, nous comparons la représentation des victimes produite par chacun des deux documentaires afin de cerner les discours sous-jacents et leur potentiel à questionner le fonctionnement du système judiciaire et la codification sociale de la figure de victime.