Message du président
Dr. Mark C.J. Stoddart, Memorial University
Président de la Société canadienne de sociologie 2025-2026
Historique des messages :
Bonjour à toutes et à tous,
J’écris ces lignes au début du mois de février depuis la conférence Arctic Frontiers, tenue à 70° N à Tromsø, en Norvège, où le soleil arctique a récemment amorcé son retour, apparaissant de nouveau au-dessus des montagnes et du fjord de ce lieu magnifique, situé sur le territoire traditionnel de Sápmi. Cette conférence réunit un ensemble dynamique de chercheurs issus de diverses disciplines, de représentants des communautés sames, inuites et d’autres communautés autochtones, ainsi que de gouvernements et de municipalités, d’organisations non gouvernementales et d’entreprises provenant de l’ensemble de l’Arctique, afin de discuter de cette région complexe et d’une importance majeure. J’aimerais ici partager trois points principaux qui m’ont marqué cette semaine et que je juge pertinents pour notre travail en tant que sociologues canadiens.
Tout d’abord, l’importance du Canada comme acteur du monde arctique a été soulignée à de nombreuses reprises. Il a fallu moins de dix minutes, dès le premier jour de la conférence, pour que quelqu’un évoque le récent discours de Mark Carney à Davos. Cette référence s’inscrivait dans le contexte de la nécessité de renouveler les engagements en matière de collaboration internationale, en réponse à cette période de rupture que symbolisent, entre autres événements, les tentatives de grandes puissances d’imposer leur vision de l’avenir du Groenland. En revanche, un autre moment clé sur la scène principale est survenu lorsque Natan Obed, président de l’Inuit Tapiriit Kanatami, a proposé une intervention critique et une réflexion sur l’idée implicite selon laquelle la diplomatie canadienne n’aurait pas besoin de consulter de manière significative les communautés autochtones. Il a soutenu qu’il est nécessaire de résister à cette logique et de définir de nouvelles façons de penser l’État-nation et la souveraineté, en particulier lorsque la diplomatie canadienne cherche à s’exprimer, sur la scène internationale, au nom des communautés et des territoires autochtones.
D’autre part, la sécurité constituait le discours dominant de l’événement, avec un accent marqué sur les défis persistants posés par la Russie et les États-Unis. Cependant, en abordant cet événement en tant que sociologue à travers le prisme de l’ethnographie événementielle, trois articulations distinctes du discours sur la sécurité ont été mises en évidence. Un discours internationaliste a présenté la sécurité comme le résultat d’une collaboration scientifique et politique accrue, fondée sur des engagements en faveur de la démocratie et de l’état de droit international. Un discours régional nordique définissait la sécurité comme résultant du maintien de communautés nordiques dynamiques, viables sur les plans économique, social et environnemental, où la sécurité est assurée par l’existence de milieux de vie attractifs, dans lesquels les populations souhaitent vivre, rester et s’installer. Un discours autochtone soulignait que la sécurité doit également reposer sur la justice procédurale, impliquant une participation significative et inclusive à la détermination de l’avenir des territoires nordiques, dans le respect du consentement libre, préalable et éclairé, garantissant ainsi la continuité des relations et des pratiques socioécologiques. Comme l’a exprimé avec justesse Camilla Aviaja Olsen (cheffe de section, ministère des Affaires étrangères et de la Recherche, Groenland), cette conception de la sécurité consiste à « maintenir la sérénité sur le territoire ».
Enfin, lors d’une conférence où les chercheurs en sciences sociales étaient souvent moins nombreux que les chercheurs en sciences, technologies, ingénierie et mathématiques (STIM), j’ai eu un nombre remarquable de conversations portant sur la reconnaissance croissante de la nécessité de recourir davantage à la sociologie et aux sciences sociales afin de naviguer les dilemmes complexes liés à la poursuite simultanée d’objectifs en matière de sécurité géopolitique, de droits des peuples autochtones, de durabilité économique et sociale des communautés, d’action climatique et de transition énergétique, ainsi que de protection de la nature. On observe une reconnaissance grandissante du besoin de mener davantage de recherches axées sur les communautés, de même que des travaux capables de dépasser les cloisonnements entre enjeux et secteurs. À mes yeux, l’une des forces de la sociologie a toujours résidé dans son engagement envers une réflexion holistique intégrant les dimensions politiques, culturelles et économiques. Ce type de pensée globale nous place dans une position particulièrement favorable pour contribuer à la résolution de ces défis sociétaux urgents.
Pour conclure, je me réjouis à l’idée de rencontrer bon nombre d’entre vous à Halifax dans quelques mois. J’ai le plaisir d’annoncer que nous avons reçu 970 soumissions de résumés, un nombre comparable à celui de notre conférence de 2025 tenue à l’Université George Brown. Il est encourageant de constater l’enthousiasme suscité par notre rassemblement à Dalhousie. On observe également un fort intérêt et un engagement marqué pour les séances virtuelles (avec plus du double du nombre de résumés soumis par rapport à 2025), ce qui témoigne de la pertinence continue de notre format de conférence hybride, en ligne et en présentiel, visant à garantir l’accessibilité et l’inclusivité.
Bonjour à toutes et à tous,
Alors que les jours raccourcissent et que l’hiver s’installe, j’espère que ce message vous trouve en bonne santé et que vous profitez pleinement de la fin du semestre d’automne, en attendant un repos bien mérité pendant les vacances d’hiver.
Il est difficile de croire que nous sommes déjà en pleine préparation de notre prochaine conférence annuelle de la SCS, qui se tiendra à l’Université Dalhousie et en ligne en juin prochain. J’ai eu le plaisir de collaborer avec un comité organisateur local et un comité de programme exceptionnels. Ensemble, nous élaborons un programme passionnant, à la fois pertinent à l’échelle nationale et profondément enraciné dans Dalhousie et le Canada atlantique.
Nous avons reçu un nombre record de propositions de sessions cette année, ce qui témoigne de l’enthousiasme de nos membres à l’idée de revenir au Canada atlantique pour la première fois depuis 2011, et à Dalhousie pour la première fois depuis 2003. De nombreuses propositions s’inscrivent directement dans le thème de notre conférence : « Harbours of Hope: Sociology in a Divided World » (Ports d’espoir : la sociologie dans un monde divisé). Je me réjouis tout particulièrement d’accueillir un panel thématique qui mettra en valeur les travaux sociologiques de chercheurs chevronnés et émergents de toute la région.
Nous avons également l’honneur d’accueillir la conférence plénière de la professeure Amal Madibbo, qui soulignera son prix pour contribution exceptionnelle à la sociologie – un événement à ne pas manquer.
Que ce soit en présentiel ou en ligne, je me réjouis à l’avance des échanges riches, collégiaux et constructifs qui nous attendent. La conférence de cette année nous invite à réfléchir à la manière dont la recherche sociologique peut être axée sur les solutions et contribuer de manière significative au bien-être socioécologique – au sens large – tout en restant ancrée dans l’analyse critique.
L’appel à propositions de communications sera bientôt lancé, et je vous encourage vivement à soumettre vos travaux. Construisons ensemble un programme dynamique, diversifié et inclusif. J’ai hâte de vous retrouver nombreux à Halifax et en ligne.
Enfin, si vous ne l’avez pas encore vu, j’aimerais attirer votre attention sur une section spéciale récente de ASA Contexts : Canada and the United States: A Friendship Strained (Le Canada et les États-Unis : une amitié mise à rude épreuve). Elle comprend des essais rédigés par Liam Swiss (Université Acadia), ancien président de la SCS, Pallavi Banerjee (Université de Calgary) et David Tindall (UBC), sur l’évolution des relations entre le Canada et les États-Unis depuis la réélection du président Trump.
Bonjour à toutes et à tous,
Tout d’abord, je tiens à souligner que nous continuons de vivre une période d’anxiété accrue où il semble y avoir continuellement de nouveaux conflits et de nouvelles crises. Je sais que bon nombre de nos membres éprouvent des inquiétudes pour eux-mêmes, ainsi que pour leur famille, leurs amis et d’autres êtres chers partout dans le monde. Mes pensées sont avec vous pendant cette période.
Deuxièmement, j’ai récemment eu le privilège d’assister au Forum mondial de l’Association internationale de sociologie (ISA) à Rabat, au Maroc. C’était la première fois qu’une grande conférence sur l’ISA avait lieu dans la région du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, et seulement la deuxième fois en Afrique.

City of Rabat, Morocco
Site of the 2025 ISA World Forum.
Une bonne partie de la conférence a vu des interventions critiques dans le discours de l’anthropocène – la notion que nous vivons une ère nouvelle définie par l’intervention humaine dans les systèmes écologiques. Il y a eu beaucoup de discussions sur la manière dont les sociologues peuvent contribuer de manière critique au discours sur l’anthropocène, dont les origines se trouvent dans les sciences de la Terre. Nous pouvons aider à centrer les questions de pouvoir et d’inégalité et amplifier la voix des communautés marginalisées dont l’expérience ne se reflète pas dans la figure abstraite et dépersonnalisée de l’anthroposol – « l’humanité » en tant qu’agent du changement social et écologique. Nous avons également entendu des défis répétés à l’égard du courant dominant de la sociologie pour écouter et en apprendre davantage des collègues et des communautés du Sud.
C’était formidable de voir le niveau élevé de participation et d’engagement des membres de la Société canadienne de sociologie provenant d’universités partout au pays. Je suis content d’avoir eu l’occasion de croiser plusieurs membres sur place. Je suis reconnaissant de l’engagement montré par les membres de la Société canadienne de sociologie envers la tâche parfois difficile – mais inestimable – de construire des dialogues sociologiques internationaux et des communautés épistémiques. Il est de plus en plus important d’engager ce genre de dialogue mondial dans un esprit d’ouverture et d’humilité au cours de notre période actuelle où les discours politiques, publics et même universitaires glissent trop facilement dans la polarisation et ostracisent ceux avec lesquels nous ne sommes pas d’accord. J’espère que nous continuerons de voir des niveaux d’engagement semblables lors du prochain congrès mondial sur l’ISA, prévu en juillet 2027 à Gwangju, en Corée.
Troisièmement, je tiens à remercier nos membres dynamiques pour l’excellente conférence tenue récemment au Collège George Brown de Toronto. En tant que première réunion de la Société canadienne de sociologie tenue dans un cadre collégial, le thème de la conférence « Engaging Sociology for Social Impact » était très pertinent et opportun. Au bout du compte, nous avons tenu 292 séances en personne et événements dans le cadre du congrès, ainsi que 53 séances supplémentaires lors de notre conférence virtuelle. Cela comprenait 680 présentations d’articles en personne et 132 présentations d’articles virtuelles. Alors que nous envisageons de mettre à l’essai la « vie hors congrès » pour notre prochaine conférence annuelle, j’ai hâte de créer conjointement un programme inclusif et de grande qualité pour l’année prochaine.
Quatrièmement, félicitons nos lauréats bien méritants pour 2025, y compris les prix décernés aux publications, aux chercheurs et étudiants en début de carrière, à la sociologie appliquée et au service exceptionnel. J’ai particulièrement hâte d’entendre le discours en plénière du Dr Amal Madibbo sur le Prix de la contribution remarquable à la sociologie au cours de la conférence de l’année prochaine. J’espère que les membres de la Société canadienne de sociologie continueront à soumettre d’excellentes nominations pour notre gamme de prix.
Cinquièmement, je tiens à remercier nos membres sortants du comité exécutif et des sous-comités, ainsi que nos nouveaux membres élus du comité exécutif, des sous-comités et des caucus de 2025. À une époque où tant d’entre nous ressentent la pression entre des engagements de recherche, d’enseignement et de service concurrents, je suis très reconnaissant que vous ayez consacré votre temps précieux et votre énergie à la Société canadienne de sociologie.
Enfin, permettez-moi de conclure en rappelant le récent discours du professeur Howard Ramos sur le Prix de la contribution remarquable à la sociologie au George Brown College. Une de ses recommandations de lecture était The World We Used to Live In de Vine Deloria Jr. En reprenant cette idée, je suis tombé sur le passage suivant qui fournit une boussole pour une pratique sociologique ouverte, curieuse et en admiration des mondes dans lesquels nous faisons des recherches et qui sont intégrés :
« The substance of the universe is relationships, the symmetries and their structure ... » (Deloria Jr., 2006, p. 201).
Avec gratitude,
Mark.
